Les iris de Laymont
rendent hommage

Sept voix pour Roland Dejoux
Président de la SFIB · 2013–2026

Article pour Iris et Bulbeuses

Au printemps, dans un vallon du Gers, deux mille iris fleurissent en même temps. Et si l'on tend bien l'oreille, on les entend rire. Car il se passe quelque chose d'extraordinaire aux Poumarots : un homme, leur créateur, s'apprête à transmettre les rênes de la SFIB après treize ans de présidence — et ses iris ont décidé de le fêter. Sept d'entre eux ont pris la parole. Voici ce qu'ils ont à dire.

I

'René Dauphin'

Le premier

R. 2008 — Sélection dans les semis de René Dauphin, transmis par Colette Clavel

Je suis le plus ancien de la famille, le numéro un, celui qui a ouvert le bal !

Je ne suis même pas, à proprement parler, un enfant de Roland. Mon pollen vient d'un autre jardin, celui de René Dauphin, hybrideur que le monde avait oublié. Quand Roland a reçu ces semis en héritage, il a fait ce qu'il fera toujours : il m'a donné le nom de celui qui m'avait conçu sans avoir eu le temps de me nommer.

C'est le premier geste de Roland dans le monde de l'iris, et il dit tout de l'homme : avant de créer, il a sauvé. Avant de signer, il a honoré. Deux cents variétés de Dauphin vivent encore ici. La mémoire du monde les avait oubliées. Pas Roland.

Et puis l'aventure a commencé. Premiers iris en 1980, premiers croisements en 1990, premiers enregistrements personnels en 2019. Trente ans de patience ? Non. Trente ans de bonheur. Car Roland a toujours dit qu'il aimait les iris « depuis toujours » — et un homme qui fait ce qu'il aime depuis toujours ne compte pas les années.

Depuis, cent quinze frères et sœurs m'ont rejoint sur les registres de l'American Iris Society. Je suis le premier d'une grande famille joyeuse, et j'en suis fier comme un coq gascon.

II

'Soleil de Laymont'

L'éclat

R. 2019 — 'Sunblaze' × 'Pretty Bubbles' — 85 cm, 7–9 boutons — Jaune d'or, barbes orange — Double lauréat Florence 2022

Je suis jaune. Jaune d'or, jaune de soleil gascon, jaune de bonheur. Mes barbes sont orange, mes pétales ondulent comme les collines que je vois depuis ma plate-bande, et quand le vent d'autan souffle en mai, je danse sur mes quatre-vingt-cinq centimètres avec sept à neuf boutons déployés — la « griffe Dejoux », notre fierté collective.

Roland m'a donné le plus beau nom qu'un iris puisse recevoir ici : le nom du lieu même. 'Soleil de Laymont'. Le soleil de chez nous.

En mai 2022, il m'a envoyé à Florence, au Concorso Internazionale dell'Iris. Et là, surprise ! Deux prix d'un coup : le Premio Camera di Commercio — meilleure variété commerciale — et le Premio Giorgio Saviane — meilleure variété précoce. Un doublé ! Mon frère 'Soleil sur Uluru' s'est classé cinquième au même concours. Quelle fête pour les iris gascons !

Depuis, les pépinières Cayeux me commercialisent dans toute la France. Je voyage en rhizome, et chaque printemps, dans des jardins que je découvre, je déploie mes pétales d'or. C'est ma façon de raconter qu'un Gascon souriant, depuis un vallon entre les chênes, a mis l'iris français sur le toit de l'Europe.

III

'Le Magicien de Pearcedale'

Le voyage

R. 2020 — 'Dash of Burgundy' × semis Blyth V149-2 — 90 cm — Pourpre violet lumineux, barbes brunes — 10ᵉ Florence 2025

Je suis un iris qui a vu le monde — enfin, le monde coule dans mes veines.

Mon nom est un clin d'œil à Barry Blyth, le magicien de Pearcedale, celui qui a fondé Tempo Two au sud de Melbourne, où douze mille semis fleurissent d'un coup chaque saison. Roland y est allé en 2013 — une aventure qu'il a racontée avec enthousiasme dans « Good morning Australia ». Une semaine à faire des croisements avec Barry, à ramener des graines introuvables, à rire entre amis sous le soleil de l'hémisphère sud.

Roland parlait de Barry et de son épouse avec des étoiles dans les yeux : « leur extraordinaire gentillesse et simplicité ». En retour, Barry est venu en France, et Roland a organisé sa tournée pour la SFIB. L'amitié entre ces deux hommes se lit dans mes gènes : ma mère est un semis Blyth jamais commercialisé, confié à Roland les yeux fermés.

Mes frères portent des noms joyeux : 'Australian Friend', 'Pearcedale's Girls', 'Soleil sur Uluru'. Et en 2018, une photo devenue célèbre réunit quatre amis côte à côte : Keppel, Johnson, Dejoux, Blyth. Quatre des plus grands hybrideurs du monde. On y voit quatre sourires.

Moi, je me suis classé dixième à Florence en 2025. Le nom de Blyth résonne encore dans le jardin toscan, porté par un iris gascon. C'est ça, la magie de l'amitié : elle traverse les océans.

IV

'Alexandre Guermont'

Le cadeau

Semis LR14-01A de Lawrence Ransom — Iris blanc pur — Enregistré à titre posthume par Roland Dejoux, R. 2022

Je suis blanc. Blanc comme une page qu'on commence, blanc comme un cadeau qu'on offre à un enfant.

Mon créateur s'appelait Lawrence Ransom. Il vivait à quelques kilomètres de Laymont, et c'était le mentor, le maître, l'ami le plus cher de Roland. Quand Lawrence est parti en 2016, Roland a écrit :

« Il fut mon maître et m'a beaucoup appris. Sans lui, je n'aurais sans doute pas osé me lancer dans l'aventure de l'hybridation. » — Roland Dejoux, Iris et Bulbeuses n°166

Mais cette histoire n'est pas triste. Elle est belle.

Car Roland a recueilli toute la collection de Lawrence. Il a évalué ses semis, protégé ses créations, et en 2022 il a procédé aux enregistrements posthumes pour que l'œuvre de son ami ne disparaisse pas. Mon frère 'Souvenir de Lawrence' perpétue sa mémoire.

Et moi, je suis le plus beau cadeau de l'histoire. Lawrence avait voulu me nommer pour le dernier de ses petits-enfants, Alexandre Guermont — un iris blanc pour un enfant qu'il n'avait pas eu le temps d'honorer. Roland a tenu la promesse. Il m'a donné ce nom, il a accompli le dernier souhait de son ami, et chaque printemps, quand je fleuris, c'est comme si Lawrence souriait depuis quelque part en voyant que sa parole a été tenue.

Un prix a été créé au Franciris en sa mémoire : le Prix Lawrence Ransom, qui récompense les iris les plus florifères. L'héritage vit, les fleurs continuent, et les amitiés ne meurent jamais vraiment quand quelqu'un veille.

V

'Les Poumarots'

La renaissance

R. 2020 — 'Ciel Gris sur Poilly' × 'Haunted Heart' — Lignée sombre gris-violet — Nommé d'après le lieu-dit du jardin

Je porte le nom de l'adresse : « Les Poumarots, 32220 Laymont ». Le siège social de la SFIB, l'endroit d'où partent les bulletins et où arrivent les rhizomes du monde entier.

Il faut que je vous raconte notre plus belle aventure — car c'en est une, même si elle a commencé par une catastrophe.

En 2014, la pluie ne s'arrête pas. L'humidité gagne tout. Les rhizomes pourrissent. Roland doit arracher la collection entière — des centaines de variétés sauvées une par une, traitées, mises en pots. Nous étions des réfugiés. Des iris en attente d'un miracle.

« Mes voisins, propriétaires d'une parcelle de plus de deux hectares qu'ils ne souhaitent pas mettre en culture, me proposent d'installer la collection et les semis chez eux. » — Roland Dejoux, les-iris-de-laymont.fr

Deux hectares offerts par la solidarité gersoise ! C'est de cette épreuve qu'est née la collection que vous connaissez : près de deux mille variétés, dont les plus anciennes remontent à 1855. Un photographe du forum GD-Galerie a filmé un diaporama qui a fait dire à ses spectateurs : « Douceur, élégance, joliesse, émotion — trois minutes vingt-huit de bonheur. »

Trois minutes vingt-huit de bonheur ! Voilà ce que nous sommes, nous, les iris des Poumarots. Et tout cela parce qu'un homme a refusé de nous laisser tomber, et que ses voisins ont ouvert leur terre.

VI

'Boivin'

La fête

R. 2019 — ('Parisian Dawn' × 'Undercurrent') × 'Edge of Heaven' — 90 cm, tardif — Tons cuivrés rosés — 8ᵉ Allemagne 2025, 2ᵉ plus belle fleur

Je porte le nom d'un vivant — et pas n'importe lequel : Stéphane Boivin, hybrideur, trésorier adjoint de la SFIB, créateur du site irisistible.fr, et compagnon de route de Roland depuis les premiers jours.

« Franciris peut devenir le plus grand concours d'iris au monde. » — Stéphane Boivin, irisistible.fr, 2015

Et Roland a pris cette vision au mot. Six éditions du Franciris au Parc Floral de Paris. Six fois la fête.

Car c'est bien une fête. Le « Journal de bord » du Franciris 2017, publié dans Iris et Bulbeuses, raconte un Roland organisateur et cuisinier, diplomate et chauffeur. Il récupère les juges américains à Roissy dans un minibus « trop haut pour passer sous les portiques des parkings » — on imagine la scène ! Il organise un dîner au premier étage de la Tour Eiffel, « une superbe vue sur la ville illuminée ». Et surtout, il cuisine lui-même le foie gras pour le cocktail — « fort apprécié par tous et par les juges ». Il apporte la saucisse de canard, le magret, les produits du Gers.

Au moment des adieux : « beaucoup d'émotion pour tous ». Mais c'est l'émotion de la joie partagée.

Et un détail qui dit tout : en treize ans de présidence, pas une seule variété Dejoux inscrite au Franciris. Il organise la fête des autres, et il s'efface. L'élégance gasconne.

VII

'Noces de Diamant'

L'iris du don

R. 2019 — 'Montmartre' × 'Duplication' — Luminata grenat bordé de crème, barbes jaunes — 80 cm, parfum sucré — 60ᵉ anniversaire SFIB

Je m'appelle 'Noces de Diamant'. En 2013, quand Roland est devenu président de la SFIB, j'étais une graine. En 2019, quand j'ai reçu mon nom, j'avais six ans. J'ai grandi avec la présidence. Et quelle présidence !

Depuis ma plate-bande, j'ai vu des choses formidables.

J'ai vu le Franciris s'installer au Parc Floral de Paris et devenir un événement international. J'ai vu Roland numériser les archives, créer l'IrisBox, lancer les commandes groupées de rhizomes pour les adhérents. J'ai vu le siège social de la SFIB s'installer chez nous, aux Poumarots, et les enveloppes du monde entier arriver au 852 chemin du Rumeau.

J'ai vu Roland recevoir la Warburton Medal de l'American Iris Society en 2019 — la même année que moi ! — qui le place parmi les plus grandes personnalités internationales de l'iris.

J'ai vu les iris de Laymont partir concourir à Florence, en Allemagne, à New York, et revenir couverts de lauriers. Des prix que personne n'osait imaginer pour un hybrideur français du Gers.

Et j'ai vu ce qui me touche le plus : un homme qui donne des noms d'amour à ses iris. 'Princesse Emma', 'Princesse Eloïse', 'Mon Chouchou', 'Mon Petit Clown' pour ses petits-enfants. Des noms de voyages, d'amis, de collines aimées. Et le mien — 'Noces de Diamant' — pour le soixantième anniversaire de l'association à laquelle il a donné treize ans de sa vie.

L'intégralité de mes ventes est reversée à la SFIB. Je suis l'iris du don. Et je suis heureux de l'être.

Sept iris ont parlé. Sept voix joyeuses, nées de la même main — cette main qui a défriché des broussailles, traversé des océans, recueilli des trésors, organisé des fêtes, cuisiné du foie gras pour les juges, et donné à chacun d'entre nous un nom qui est une déclaration d'amour.

Les humains appellent cela une présidence. Nous, les iris, nous appelons cela un printemps qui a duré treize ans.

Et le plus beau, c'est que le printemps continue. Roland transmettra les rênes, mais les iris restent. Chaque mai, aux Poumarots, deux mille variétés venues de trois continents déploieront leurs pétales dans la lumière gasconne. Et chaque visiteur qui se penchera pour respirer nos fleurs saura qu'un homme, ici, a transformé sa passion en quelque chose d'éternel.

Merci, Roland. Le jardin sourit.

'René Dauphin' (R. 2008) · 'Soleil de Laymont' (R. 2019) · 'Le Magicien de Pearcedale' (R. 2020)
'Alexandre Guermont' (R. 2022) · 'Les Poumarots' (R. 2020) · 'Boivin' (R. 2019) · 'Noces de Diamant' (R. 2019)

Toutes les informations factuelles proviennent de sources documentées. Seules les voix sont fiction. Le reste est gratitude.